Shakes & Fidget - France  
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Ancien 30/08/2016, 13h11
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Par défaut Le vernissage

Cette histoire n'a absolument rien à voir avec l'univers de Shakes & Fidget. Il s'agit d'une nouvelle rédigée à l'occasion d'un concours et que je partage ici avec vous.

La nouvelle en question devait s'accorder avec le sujet de l'épreuve qui s'intitulait : "Tableau". Le concours concerne une école d'audiovisuel. Cette même école demandait la rédaction d'un écrit reflétant un parti-pris sur la façon de traiter le sujet.

Je tiens à préciser qu'il y a certaines références artistiques pointues. N'hésitez pas à me demander si vous souhaitez la moindre clarification à propos de ce qui est raconté ci-dessous.

En vous souhaitant une bonne lecture, toute critique est la bienvenue. ~

***

LE VERNISSAGE



«
En présence de
Son Excellence Monsieur Adriano
Ambassadeur d'Utopia en France
M. Jean-Marc
Maire de Paris M. Patrick
Président du Conseil Général d'Île de France
vous prient de bien vouloir leur faire l'honneur d'assister à l'inauguration de l'exposition « La nécessité intérieure »
Le 10 Avril à 19 heures 30
Musée d'Orsay
1 Rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris

PS : Prenez de quoi vous baigner et vous changer. On ira piquer une tête dans la Seine. RDV 14h au Musée d'Orsay.
Votre Jean-Marc. »

Le Prince Rayan d'Utopia détaillait ce billet d'invitation pour la énième fois, le tournant et le retournant entre ses doigts, jamais convaincu de sa véracité.
Un tintement de bijoux attira son attention...

Installée devant une coiffeuse, la Princesse Sheikia d'Utopia était affairée à s'observer dans son miroir. La bouche entrouverte, elle affichait une moue concentrée alors qu'elle s'accrochait une boucle d'oreille à la facture complexe. Ce n'était qu'un accessoire parmi tous ceux qui garnissaient son corps.

Rayan l'épiait. Il soupira, interdit, victime de son attitude habituelle lorsqu'il souhaitait discuter avec sa compagne mais qu'il anticipait déjà les conflits. Il s'assura d'un coup d'oeil qu'aucun domestique ne se trouvait dans leur chambre pour parler librement avec Sheikia. Celle-ci connaissait aussi ce petit manège par c***339;ur. Elle laissa traîner un silence pour que le Prince se sente suffisamment mal à l'aise, afin de rapidement le faire craquer lorsqu'elle prendrait la parole :

« As-tu quelque chose à me dire ? » Fit-elle sans lui adresser un regard, s'affichant comme la plus détachée possible du problème.

« Sais-tu quelles personnes sont invitées à ce vernissage ? »

Sheikia examina l'ajustement de sa tresse couronne avant de répondre. Sa coupe travaillée allait faire de l'effet auprès des médias...

« Oh, c'est la bande habituelle, les collègues de l'entreprise et les amis qui gravitent autour. Plus Adriano, et Frida. »

Le Prince haussa ostensiblement les sourcils, assimilant avec difficulté l'information.

« Adriano et Frida font partie de ce groupe ?

- Pas exactement... Adriano ne vient pas souvent. Mais Frida, oui. C'est une grande amie.

- Comment est-ce possible... »

Rayan disait cela bien qu'il avait déjà eu des preuves de l'attachement qui liaient les deux Princesses d'Utopia à ces... bureaucrates.

Lors de leur mariage, il n'avait pu que remarquer leur présence dans la composition des convives, et leur attitude par moment impropre aux protocoles que leur condition imposait. Ils pouvaient faire les pitres chez eux, ce n'était pas un problème. Mais manquer de retenue en présence de souverains utopiens, c'était une toute autre histoire. D'autant plus qu'ils trempaient dans certaines activités étranges, en tant que collaborateurs au sein de la même entreprise alors qu'ils étaient presque tous agents de la fonction publique et hauts placés.

On frôlait la prise illégale d'intérêt, et le Prince redoutait de leur part une influence mauvaise dans l'image publique de Sheikia, et pire encore, dans son comportement. Il craignait les inconséquences provoquées par de telles amitiés... et le maintien de tels secrets.

Malheureusement, ces personnes étaient solidement liées à son épouse, parce qu'elles avaient une connaissance en commun, et pas des moindres : le frère de Sheikia, Michel, que Rayan avait toujours considéré comme étant l'erreur de la famille. Il n'était même pas né en Utopia...

Sheikia reprit la parole pour le couper de ses pensées, qu'elle devinait plus ou moins.

« Justement, tu y croiras beaucoup plus quand tu y seras... Tu ne les connais pas assez, ça sera l'occasion pour toi d'en apprendre plus sur toute cette clique. »

Le ton avec lequel elle parlait, ce calme et cette répartie qui trahissaient un contrôle total de la situation, plaisaient moyennement à Rayan. Dans ces moments-là, elle était tout ce qu'il y a de plus hautain, une véritable incarnation de la sévérité, écrasante. Ce rôle, cette parure, revenait souvent dans leur intimité. Cela le prenait aussi : la preuve avec son attitude par rapport à l'invitation au vernissage... Il se rasséréna et donna raison à sa compagne.

« Soit soit. J'espère simplement qu'ils ne nous feront pas honte.

- Aucun risque. Mais tu sais comment ils sont. Ils n'ont jamais l'air de prendre quoi que ce soit au sérieux... »

***

Laure était en train de prendre très au sérieux l'invitation au vernissage de Jean-Marc.

Elle retouchait depuis de longues minutes les traits de son visage avec les divers instruments que la société de consommation lui laissait à disposition. Il était important de prendre parfois la pose histoire de vérifier que tout faisait son petit effet comme il le fallait, tout en prenant compte du cadrage, de la source de lumière, qui pouvaient induire en erreur l'impact de son allure.

Al, son compagnon, installé à ses côtés, dressait l'inventaire de son matériel photo et vérifiait la batterie de son appareil dont il avait grand soin.

« Tu sais si Michel vient aujourd'hui ?

- Il vaut mieux... Jean-Marc tient à ce qu'il soit là pour qu'il se change les idées. »

Rire nerveux du photographe.

« Tu m'étonnes. Il devrait aller mieux maintenant.

- Oui... Enfin on ne sait jamais. Il n'a jamais voulu nous dire s'il avait conservé des séquelles de sa chute, alors je préfère me méfier. Et on n'est pas non plus assuré qu'il ne va jamais recommencer. »

Tout en poursuivant la conversation, Al se reluquait dans l'objectif de son appareil photo, prêt à réaliser une performance devant cet ***339;il artificiel. Il prit un timbre de voix tragique pour lâcher :

« Ah, les artistes torturés...

- Tu n'es pas torturé toi ?

- Non... Et je ne suis surtout pas un artiste.

- Tu fais quand même de belles photos.

- Bof...

- Tu vois ? Torturé.

- Ah, c'est bon, arrête de m'embêter. Tu es bientôt prête ?

- Oui. On va pouvoir y aller. »

Al cessa de parler pour apprécier l'image que renvoyait Laure. Il raffolait de sa coquetterie. Une véritable oeuvre d'art.

« Je vais prendre de belles photos aujourd'hui... »

***


Une voiture attendait devant un appartement du sixième arrondissement. Aymeri, vêtue d'un complet tailleur plutôt froissé, tapotait d'impatience ses doigts sur son volant. A force de pratique elle était maintenant capable de retranscrire de véritables petites mélodies pour meubler ces instants inconfortables. C'était la récompense de son investissement régulier en la matière.

Quand elle vit la forme qui sortit du bâtiment, elle fut contrainte de s'interrompre.

C'était Michel et son faciès émacié qui se dirigeaient vers elle.

Il entra dans le véhicule et se mit côté passager tout en saluant sa camarade.

« Alors, le zombie, on a mal dormi ? » Commença-t-elle avec le tact qui lui était propre.

« Oh, je n'ai pas le temps pour ça, commence pas. »

Face à cette réponse, Aymeri décida de passer tout de suite à l'offensive.

« Hé. Si t'es venu pour nous voir, t'es venu aussi pour nous supporter. On te supportera aussi, mais ça marche dans les deux sens. Tu sais comment ça fonctionne, y a des règles... »

Il se déroula alors un long échange de regard durant lequel personne ne bougea. Ce n'était pas un défi à qui tiendrait le plus longtemps, mais plutôt une sorte de transfert. Chacun projetait à l'autre son ressenti, jusqu'à ce que leurs humeurs finissent par s'accorder.

« Tant qu'on y est, poursuivit Aymeri avec une lenteur calculée, est-ce qu'il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ? »

Michel leva les yeux au ciel alors que ses lèvres se pinçaient sans qu'il ne puisse y résister. La tactique de sa partenaire était en train de fonctionner.

« Ça va, ça ira... Juste que je me sens d'attaque, je vais bien faire chier tout le monde aujourd'hui. »

Aymeri lui adressa un sourire complice, réagissant au rictus qui était né sur la figure de Michel. Elle lui adressa une tape amicale sur l'épaule.

« Voilà... Ça, c'est le Michel que je connais. Allez, c'est parti, on va aller profiter un peu. Je t'ai organisé de ces plats pour le dîner de gala de ce soir ! Des perles j'ai trouvées ! Des perles ! »

Elle fit rugir le moteur alors que son ami se mettait à rire.

« Hâte de voir ça. Si tes toasts sont pourris par contre, on les jettera sur les tableaux. »

Aymeri eut un sourire malicieux.

« Pas gentil pour mes toasts, ça... »

***

Comme convenu, le groupe s'était retrouvé à 14 heures devant le musée d'Orsay. Toutes les personnalités d'Utopia conviées n'avaient pu venir si tôt : Adriano & Frida manquaient à l'appel. Du côté des résidents français, tout le monde était là : Jean-Marc, Laure, Al, Aymeri, Michel, Patrick, Jocaste, Tilda et Pichenot.

Il y eut des accolades et des poignées de main, très protocolaires, souvent ponctuées d'ironie, surtout envers Jocaste.

« Madame la Préfète d'Île de France... » Fit Patrick avec un ton excessivement pompeux.

« Monsieur le Président du Conseil Général... » Répondait-elle alors avec le sourire.

Il y eut moins d'humour de leur part à l'encontre de ceux qui ne disposaient pas de responsabilité spécifique en dehors de celle de porter une tenue décente. Laure & Al y étaient habitués, mais cela ne les dérangeait absolument pas. Ils étaient simplement heureux pour leurs camarades. Tilda & Pichenot, qui n'avaient jamais eu de tâche socialement reluisante, subissaient un tantinet plus que les autres ce décalage. Le cas le plus grave était celui de Michel : utopien en exil volontaire, bénéficiant malgré tout de la fortune de sa famille mais qui ne faisait rien d'aussi grand que sa soeur Sheikia, et qui cerise sur le gâteau, avait fait une tentative de suicide...

L'accolade qu'il eut avec le Prince Rayan fut froide et silencieuse. Heureusement pour eux, les bruits de discussion ambiants aidaient à masquer la tension qui se faisait ressentir entre les deux hommes.

Tilda, moins sereine que le reste du groupe, comprenait parfaitement ce qui était en train d'arriver. Elle aussi avait une dent contre les utopiens parce qu'Adriano cherchait à l'écraser depuis qu'il avait compris qu'elle en pinçait secrètement pour Frida. L'absence de la Princesse de son coeur et du méchant Ambassadeur ne l'aidaient pas à décompresser. C'était ironique parce qu'elle se retrouvait avec un moral plus bas que celui de Michel.
Celui-ci, fidèle à l'engagement qu'il avait tenu avec Aymeri, était délicieusement infect.

« Superbe apparat soeurette, avait-il ironisé en lui serrant la main, mais je crois qu'il te manque quelque chose... Il n'y a pas de bijou sur tes pommettes, est-ce normal ?

- Bien observé, avait-elle rétorqué, acide, tu pourras nous commenter tout aussi bien les tableaux avec ta fantastique acuité. »

Ils se foudroyèrent des yeux de bon coeur.

***

Une fois que chacun eut fait son show, il fut possible de partir en direction de la Seine et de son espace aménagé pour la baignade. Ce projet avait mis du temps à être réalisé mais avec l'arrivée de Jean-Marc à la mairie de Paris, les choses s'étaient accélérées et il en était d'ailleurs très fier. Alors que toute la compagnie progressait, il ne manquait pas de souligner le nouveau parcours pédestre, ainsi que la disposition judicieuse des installations...

A l'entendre, on se croyait dans une imitation du tableau du Bal du moulin de la Galette de Renoir. Tout le monde était heureux. Tout était beau et joyeux. Quand bien même il aurait partiellement raison, ses propos suintaient trop d'ego pour être pleinement appréciés. Le Prince Rayan et Sheikia échangèrent quelques oeillades pendant que Michel plaisantait avec Aymeri, et qu'Al prenait des photos. Tilda demeurait interdite.

Tous ces personnages s'installèrent, que ce soit sur un transat ou sur la pelouse fraîche.
Aymeri commenta la situation en ricanant :

« Matez-moi ces glandeurs de fonctionnaires...

- Le jour où tu gèreras une région tu pourras parler. » Répliqua aussitôt Patrick qui ne pouvait se laisser bafouer sans réagir.

« Surtout quand tu réalises que même tes congés sont une excuse pour travailler, ajouta Jean-Marc, tu vois, là, on fait pas que se reposer, on fait de la comm', tu comprends. Demande à Laure si tu ne sais pas comment ça marche... »

Il fit un cercle en joignant son pouce et son index et épela sa phrase avec une solennité religieuse.

« Toute action exécutée dans le domaine public est soumise à un regard extérieur et à une appréciation fluctuante. Si tu deviens un personnage public, ton existence s'évertuera à gérer ce regard et à jouer avec dans toutes les tranches de ta vie. Professionnelles, comme personnelles. Nous avons deux casquettes : notre métier officiel, et celui d'acteur... Nous ne faisons pas de la « bronzette » : nous faisons de « l'inauguration de lieu public ». Et nous montrons que nous allons sur le terrain pour vérifier l'état des infrastructures que nous mettons en place, tu vois. »

Patrick vit là l'occasion d'appuyer un peu plus sur Aymeri.

« C'est sûr qu'en tant que traiteur tu gères pas le même bail... »

La concernée gonfla les joues puis expira dans un soupir bruyant. Elle adressa aux deux hommes un geste vague de la main avant de partir en direction de Laure.

« Vous avez raison, je vais aller voir la Community Manager, elle saura m'expliquer avec des mots simples... »

***

Michel & Al, qui observaient la scène depuis un moment, eurent un petit gloussement.

La photographe martelait le bouton de son appareil jusqu'à être rassasié de l'évènement. Avec son ami artiste, ils se penchèrent sur le résultat, désireux de constater à quel point la chasse aux images avait été bonne.

« J'ai filmé un peu Aymeri sans qu'on puisse voir à qui elle s'adresse... Si on ne sait pas à qui elle parle, on jurerait qu'elle a affaire à deux parfaits connards... »

Il partagea avec Michel une expression entendue, avant de rire de nouveau.

Rayan écoutait tout cela d'une oreille mais se refusait de témoigner une quelconque marque d'affliction.

La Princesse Sheikia, qui n'était pas dupe, lui caressa tendrement la main. Comme on rassure un être proche, ou que l'on calme une bête blessée...

Plus loin, proche de la Seine, Tilda était assise à même le sol, ses bras entourant ses jambes repliées contre sa poitrine. Elle se confiait à Pichenot, suffisamment éloignée des autres pour ne pas être entendue.

L'âme en peine se tue quand Aymeri passa à proximité d'elle. Cette-dernière, après avoir touché deux mots à Laure à propos des railleries de Patrick & Jean-Marc, était bien décidée à profiter de l'aménagement du fleuve en piscine publique. Une fois en tenue appropriée, elle s'approcha de l'eau.

« Hé, lui cria Patrick qui se pensait subtil, tu nous fais un Déjeuner sur L'herbe ? »

Le faciès d'Aymeri se contracta brusquement, accompagnant sa réplique :

« Excellente idée. Tu fais la deuxième fille ! »

La scène empêcha Tilda de repenser à ses ennuis. Pichenot, qui n'avait pas compris la référence, lui demanda le sens de la plaisanterie. Elle le lui expliqua calmement.

Michel apercevait Aymeri barboter dans la Seine. Tenté lui aussi, il partit se baigner, laissant Al à ses tribulations. Patrick, qui scrutait tout le monde en recherche de proie, comptait bien lui destiner son prochain tir.

« Fais gaffe à la profondeur de l'eau, tu pourrais te noyer... »

Réagissant du tac-au-tac, Jean-Marc lui claqua frénétiquement l'épaule avec une mimique de panique.

« Putain mais par moment ferme-là, ferme-là ! »

Jocaste faisait tous les efforts du monde pour rester digne devant le comportement de ses camarades, mais cette fois-ci elle ne put retenir son hilarité.

« Et bien, ce n'est pas tout, les enfants, fit-elle en se levant, mais j'ai du travail qui m'attend, et mes officiers de sécurité doivent en avoir vraiment marre de vous voir...

- C'est ça, va rejoindre ta meute ! » Ironisa Jean-Marc.

« Parle plutôt de ma Cour... A ce soir. »

Elle fit une révérence.

***

Personne ne tarda longtemps après le départ de Jocaste. La pyramide hiérarchique tombait, petit-à-petit. Plus on était proche du sommet, et plus il était indispensable de reprendre l'exercice de son devoir au plus tôt. Pour bien faire, ou au moins en donner l'impression. Jean-Marc était parti avec Aymeri, Pichenot et Tilda pour terminer les préparatifs du vernissage. Patrick était ramené à une quelconque obligation, comme Jocaste... Il ne restait que Sheikia, Rayan, Laure, Al, et Michel au bord de la Seine.

Laure tapotait rapidement sur son téléphone portable, naviguant sur les réseaux sociaux, s'assurant que tout était à jour, très consciencieuse. Les autres parlaient.

En réalité, seuls Sheikia et Al occupaient véritablement la conversation. Michel se tenait un peu en retrait, sans doute à cause de la présence austère du Prince utopien, et des griefs que l'un avait contre l'autre.

Dans une tentative de raccommoder tout le monde, le photographe prit position pour immortaliser la famille utopienne. Histoire de conserver un bon souvenir de cette journée, aussi faux soit-il.

La Princesse agissait avec lui d'une entente tacite, rapprochant le plus possible son amant et son frère dans les limites du vraisemblable et de la décence.

Une fois que tout le monde fut bien arrangé, Al mobilisa ses dernières ressources pour donner au moment une teinte de naturel.

« Cache tes cernes, cache tes cernes ! » Sifflait-il avec humour à Michel pour lui provoquer des contorsions de la trogne plus expressives que son allure figée.

Avant qu'il n'appuie sur le bouton, Al avait en tête une phrase de Gainsbourg, qui citait Delacroix :

« Un peintre doit savoir attraper au vol un ouvrier tombant d'un échafaudage dans le temps qu'il met à tomber. »

Tout se déroulait très rapidement dans son esprit. Il réalisait qu'il appliquait exactement la même démarche en souhaitant saisir une représentation bien particulière. Il guettait l'instant le plus infime. L'instant de la chute. Quand les tensions, les rivalités, et toutes ces petites choses que ses modèles se mettaient sur le dos, allaient toutes tomber d'un bloc pour provoquer une scène sensationnelle.

Rayan qui allait céder pour faire plaisir à Sheikia et tenter de passer outre son orgueil. Sheikia heureuse de réconcilier Rayan & Michel, ne serait-ce qu'une seconde. Michel qui parvenait à se dire qu'il était finalement bien heureux d'être toujours en vie en plus d'apprécier la compagnie de personnes qui l'aimaient.

Tout cet ingénieux mécanisme relationnel faisait tourner ses rouages jusqu'à l'ouverture de l'objectif...

Clic.

C'était dans la boîte.

Al regardait le résultat dans la galerie de son appareil photo. Il se sentait un tantinet fatigué, comme s'il avait vécu un évènement intense.

Il constata avec joie qu'il avait réussi à prendre le portrait souhaité conformément à ses attentes. Il l'exhiba au reste du groupe, par pure sympathie. Quand il le présenta à Sheikia, leurs mines se croisèrent et ils opinèrent discrètement : cette photo était pour eux comme leur trophée.

Après cela, le petit groupe se dérida légèrement parce que Laure venait de rejoindre la lutte. Elle racontait au Prince son travail, accompagnée des commentaires gratifiants d'Al. Le couple avait la chance de figurer parmi les membres de l'équipe les moins investis dans les magouilles politiques et financières de l'entreprise. Cela présentait à Rayan une autre facette plus engageante des amis de Michel, et de Sheikia.

La discussion se prolongea dans un bar jusqu'en fin d'après-midi, jusqu'à ce que le couple royal y mette un terme, justifiant devoir rentrer pour se préparer au vernissage de ce soir. Le trio restant en fit de même. Michel voulut rentrer à pied. Laure & Al insistèrent pour le raccompagner avant de rentrer eux-mêmes chez eux.

Tout ce petit monde se mit en place pour l'exposition des tableaux...

***

L'heure fatidique était venue.

La compagnie, présente en tenue de gala, subissait dès son arrivée la hargne du public et des médias déjà sur place. Le barrage d'agents de sécurité faisait néanmoins son oeuvre avec efficacité. Seul Jean-Marc s'évertuait au banc des absents.

« Il nous attend à l'intérieur. » Précisa Jocaste en consultant son téléphone.

L'humeur taquine était toujours présente au sein du groupe, beaucoup moins affichée cependant. Le bataillon de personnalités se trouvait ici sur le champ de bataille, en tant que cible de choix, nourrie par le feu des projecteurs et des regards féroces.

Un autre élément venait apporter de la tension à cette ambiance : c'était la venue tardive de Frida et d'Adriano. Si tout se déroulait parfaitement avec Frida, il y avait les problèmes causés par l'Ambassadeur utopien. Peu apprécié, même pas considéré comme un camarade par la plupart des membres du groupe, il n'avait pas le même mutisme diplomate que Rayan. Du moins osait-il s'en prendre verbalement aux membres du groupe en dehors des caméras.

Pour ce qui était de l'intrigue entre lui, Tilda et Frida, cela tenait du secret de polichinelle et c'était bien ce qui dérangeait tout le monde.

Restait à déterminer si la fine toile de retenue tissée entre chacun des acteurs serait suffisamment étanche pour prévenir des crachats.

Conformément au billet d'invitation, la clique eut le droit d'entrer la première pour profiter de l'exposition, laquelle était consacrée à Wassily Kandinsky et d'autres artistes.

Les pas de chacun venaient perturber la quiétude du bâtiment, brisant le silence comme un interdit.

A croire que tous ces adultes n'étaient que des chenapans venus faire les quatre cent coups dans le dos du conservateur du musée...

Rapidement, des projecteurs s'allumèrent, surprenant les invités criminels.

Aussitôt, suivirent les notes de musiciens invités spécialement pour l'occasion, puis l'éclairage progressif des tables et du banquet, soigneusement organisé par Pichenot et Tilda sous la direction d'Aymeri.

C'est ce moment précis que choisit Jean-Marc pour faire son apparition sur le podium de la salle.

« Ta-da ! » Lança-t-il parfaitement serein.

Il approchait de ses hôtes tel le père ému retrouvant ses enfants, les bras grands ouverts pour les accueillir tous. Il échangea une poignée de main cordiale avec Adriano en le gratifiant de la sempiternelle formule « Monsieur l'Ambassadeur... » avant de mettre un genou à terre pour faire le baisemain aux Princesses Frida & Sheikia.

***

Situés quelque-peu en retrait, Patrick & Michel ricanaient comme des hyènes.

« A ton avis, chuchota le Président du Conseil Général, qu'est-ce qui est le plus travaillé entre la collection qu'il va nous présenter et la mise en scène qu'il vient de faire ? »

Bien qu'ils se fassent tout petits pour ne déranger personne, la manie qu'avait Jean-Marc de toujours se sublimer à chaque occasion leur arrachait de francs éclats de rire.

Ils prirent également sur eux quand ce fut au tour du traiteur et des serveurs de faire honneur aux Princesses, au Prince et à l'Ambassadeur utopiens.

Personne ne fit mine de remarquer que Tilda était toute empourprée de faire le baisemain à la Princesse Frida, excepté Adriano, sévère et froid.

***

Les préparatifs terminés, tout le monde put profiter de la visite privée menée par le conservateur en chef et le directeur du musée. Michel, apparemment d'attaque, suivait avec un rythme décalé et dévisageait chaque tableau plus que de raison.

Son manège n'échappait pas à Aymeri qui vint le voir pour essayer de comprendre.

« Tu regardes quoi au juste ?

- L'expression du tableau. »

Perplexe, ses yeux alternaient entre le spectacle proposé par l'oeuvre peinte et celui proposé par son ami artiste. Tous deux étaient immobiles. Elle essaya de tourner le sujet d'une autre façon.

« Je ne comprends pas ce que ce mec veut exprimer...

- Que veux-tu dire ? »

C'était peine perdue que de vouloir sortir Michel de sa transe.

« Et bien je veux dire... Un tableau, c'est... Tu figes un moment quoi. Tu as une idée, tu prends le moment, clac, tu le figes. Mais là, Kandinsky, il voulait faire quoi avec ça ?

- Il voulait recréer le moment. Et c'est nous qui le vivons.

- Ah, d'accord... »

Aymeri n'était qu'à moitié convaincue.

« Regarde, c'est écrit là. »

Il pointa du doigt la plaquette explicative située à côté du canevas.

''Quiconque ne sera pas atteint par la résonance intérieure de la forme (corporelle et surtout abstraite) considèrera toujours une telle composition comme parfaitement arbitraire.''

Son amie opina gravement pour faire mine de partager son engouement.

« Ah oui...

- Je vous dérange ? » Déclara brusquement Laure qui s'était glissée derrière les deux compères.

Penchée en avant, un air radieux sur la frimousse, son expression à la fois fixe et perçante supposait qu'elle était sur le point de demander quelque chose.

« Pour le moment non... » Se permit de répondre Michel, sur la défensive.

Profitant de la percée qu'elle venait d'accomplir, la Community Manager s'approcha encore de Michel, cherchant vraisemblablement à l'emprisonner dans le cadre de son appareil photo, lui-même discrètement dissimulé dans son téléphone.

« On va prendre une petite photo, toi et moi, ça va être sympa, tu verras.

- Non, feula Michel, caustique, pour ce qui est de prendre en photo des choses peinturées et plates, tu suffis très bien toute seule. »

Face à cette réaction, Laure eut un mouvement de recul. Sans lâcher son ami du regard, elle prit un ton à faire fondre les pierres.

« Fais un effort, pour nous, pour l'entreprise... »

Aymeri décida qu'il était judicieux de se retirer maintenant, le dos de la main pressé sur ses lèvres pour étouffer la gaieté que lui procurait l'observation d'une telle comédie.

« Je vous laisse, ce sera mieux pour tout le monde...

- C'est ça, abandonne-moi. » Objecta Michel qui n'était lui-même pas très sérieux.

Il n'eut pas le temps de détourner le regard que Laure reprenait le contrôle sur sa prise, de crainte qu'elle ne lui échappe, son appareil braqué au-dessus d'eux comme une bannière.

« Fais-nous une belle tête... »

Michel contracta les muscles de son visage, tout d'abord en une moue informe. Après quelques secondes d'effort, il parvint à retracer un sourire parfaitement faux, exhibant ses dents à travers le croissant de lune formé par ses lèvres.

Il y eut le déclic de l'appareil, répété trois fois par Laure histoire de conserver la prise la plus parfaite. Trois petites tapes, rapides voire instantanées.

Le sourire de Michel dura un petit moment encore, expression cristallisée sur sa peau comme faite pour durer à jamais. Quand il cessa, il eut l'impression d'avoir brisé quelque chose.

Laure était occupée à vérifier les photos sans prêter attention à l'état de Michel. Ses doigts tapotaient nerveusement sur son téléphone. L'ensemble de son corps était figé par l'attente, associée à une forme de stress. Elle aussi donna le sentiment de se réveiller une fois qu'elle publia l'image appropriée sur internet. Ses joues reprirent vie et elle hocha la tête face à son succès.

« Nickel. Tu vois quand tu veux. »

L'intéressé leva les yeux au ciel, hermétique aux propos de sa camarade. Il traîna la patte pour rejoindre le reste du groupe.

***

L'exposition privée était close.

La visite s'était terminée en une boucle qui menait directement au podium. Cela avait permis au Maire, au Président du Conseil Général, à l'Ambassadeur et à la Préfète de faire leurs allocutions devant une foule compacte.

Une fois ces numéros de parlote achevés, l'équipe trinqua, au complet, les treize ensemble.

« En vérité, je vous le dis, commença Patrick avec grandiloquence, l'un d'entre vous me livrera aux romains.

- T'as fini oui... » L'invectiva Sheikia.

Les coupes s'entrechoquèrent en même temps que les regards.

Du monde était invité à la table du groupe : les assistantes, les Sous-préfets, le directeur de cabinet, le secrétaire général de Jocaste (le tout formant sa fameuse « meute ») ainsi que l'adjoint au Maire, chargé de la culture.

D'autres convives gravitaient autour de cette concentration de fonctions, tels des récifs hostiles comportant les élus de la collectivité invitante.

De tout côté on s'épiait, on parlait, souvent avec astuce, tout le temps avec malice.

L'organisation des choses amena la clique à se diviser par moment. Aymeri, Tilda et Pichenot notamment, chargés de veiller scrupuleusement à la valse des plats pendant que les autres papillonnaient de célébrités en célébrités pour nourrir la faim des médias.

Si Al ne prenait plus en photo aucun tableau, la position que chacun adoptait au moment de passer au crible de l'objectif lui permettait de douter de la nature des photos qu'il prenait. Il était toutefois habitué à cette scénographie grâce à ses collègues et amis. A croire que tout le monde ici avait cinq ans d'art du spectacle sur son CV...

Il eut un sourire en coin et reprit des photos.

Cette situation lui allait bien.

***

Il commençait à faire chaud dans le musée d'Orsay.

Le bourdonnement constant des commensaux se mêlait à la moiteur des corps imprégnant les costumes.

Le résultat était une atmosphère écrasante. Probablement aussi en raison de l'immensité des lieux.

Probablement aussi en raison de la petitesse de Tilda.

N'être qu'une simple civile ne la dérangeait pas outre mesure. Elle était satisfaite de sa condition, et s'entendait comme il le fallait avec ses proches. Ceux-ci étaient compréhensifs. Ils avaient gardé le contact avec elle alors qu'elle était partie travailler à Utopia. Ils avaient été heureux de la voir lors de son retour. Elle pouvait leur confier ses peines et avoir du soutien.

L'inconvénient à côtoyer des grands, cependant, était que tous n'étaient pas ses amis. Et les ennemis dans ce milieu étaient impitoyables.

Adriano l'avait pris en grippe dès que Frida l'eut considérée comme plus qu'une agréable domestique. Le fait qu'elle soit l'amie d'amis avait, bien sûr, joué en sa faveur, mais sur un autre plan cela n'avait fait qu'attiser la haine de l'Ambassadeur qui n'appréciait pas ces relations. Peut-être était-il même l'instigateur de la méfiance de Rayan à l'égard du groupe de personnalités françaises. Elle ne savait pas...

C'est alors qu'il vint.

La serveuse trouva cela à la fois surprenant et prévisible. Elle détourna le regard pour ne pas lui accorder trop d'attention, tout en faisant de son possible pour le considérer comme un client lambda.

Il se glissait dans la masse, fendait les flots de foules pour arriver jusqu'à elle. Ce requin avait la dent dure...

« Salut petite serveuse. »

Savoir sa fonction amplifiait la portée de chacun de ses mots. Il fallait également ajouter l'effet procuré par son uniforme, son costume, blason de sa situation, de ses exploits, véritable bouclier quand on l'interrogeait sur son comportement.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Elle avait répliqué sec. Elle avait beau en connaître les règles, elle ne jouait pas au jeu, sauf conditions particulières... Cette attitude n'était pas intéressante pour Adriano, qui allait devoir miser sur deux tableaux s'il voulait obtenir de la jeune fille ce qu'il voulait. Il afficha un air détaché.

« Rien de bien grave, juste te rassurer... »

Tilda se méfiait de lui comme de la peste. Pour ne pas attirer le poisson, elle continua de servir sans mots dire, bien qu'elle sente son regard brûlant sur ses épaules.

C'était trop tard, ils s'étaient tous les deux harponnés. Il continua :

« Foncer dans le mur n'est pas une bonne idée, tu sais. »

Ses paroles venaient lentement, méthodiquement. Une forme de confidence, ou de poison.

« Il y en a beaucoup qui s'acharnent sans raison, ça fait beaucoup de mal pour rien... »

Jugeant qu'il lui avait suffisamment tourné autour, il entama une attaque plongeante.

« De toute façon, tout vous oppose. La condition surtout, c'est important la condition. Les moeurs, les façons de vivre, de s'habiller...

- La mode dix-neuvième siècle, ça ne se fait plus ici. Quoique dans ton pays... »

Gagné. Il disposait maintenant d'une fenêtre de tir parfaite.

« Hmm. Frida sera ravie d'apprendre ton avis là-dessus. »

Pas de réponse. Adriano reprit un toast.

Il cherchait jusqu'où il pouvait enfoncer la vis avant de faire craquer ce qu'il prenait pour une simple statuette de bois. Un objet décoratif, un peu folklorique pour quelqu'un comme lui, qui sait se taire quand il le faut. Jusqu'ici sa perception des choses ne semblait pas vraiment s'éloigner de la réalité...

« Elle t'apprécie bien, ce n'est pas le problème. Mais ce qu'elle aime chez toi, c'est ta docilité... Tu comprends ? »

Toujours rien.

« Tu comprends ? »

Un geste nerveux, imprévisible. Tilda s'empara d'un verre et le jeta à la figure d'Adriano.

***

« Qu'est-ce qui t'es... Mais qu'est-ce qui t'es passé par la tête ? »

Jean-Marc tourbillonnait autour de Tilda. Il criait à moitié, sans s'en rendre compte, vraisemblablement. Il occupait tout l'espace dans le débarras, et agissait comme possédé.

« Ça fait des mois qu'on fait des pieds et des mains pour s'accorder avec le Prince Rayan, maintenant marié à Sheikia, que sa voix compte, beaucoup, pour nos affaires avec les utopiens. Déjà qu'il a du mal à nous accepter, qu'il, que... »

Ses bras s'agitaient devant lui, désarticulés, tirés précipitamment par des fils invisibles. Ils tentaient d'attraper des mots pour les jeter à la figure de la fautive.

« Tu sais pourquoi on a organisé ce vernissage ? Parce qu'Utopia a réussi à racheter la plupart des Kandinsky exposés ce soir. Voilà. Ils nous ont doublés en jouant avec les règles du marché américain, très bien, ce n'est pas de ta faute, mais, bon sang, on n'avait vraiment pas besoin de ça, tu... »

Le Maire de Paris se massait énergiquement les tempes dans l'espoir de secouer décemment son cerveau pour le remettre en place.

« Tu... Tu sais pourquoi t'as fait ça ? »

Un silence malcommode se fit. Les épaules de Jean-Marc s'affaissèrent, ce qui eut pour effet de lui faire lever le menton, dans un rictus ulcéré. Il soupira et reprit contenance :

« Bon. Il t'a taclé sur Frida c'est ça ?

- Quoi ? »

Jean-Marc dut bien concéder avec sa conscience qu'il venait de sourire. Sourire jaune, certes, mais l'état dans lequel il se trouvait lui donnait à voir la réaction (enfin) de Tilda comme une victoire. Il continua, sur sa lancée, plus diplomate.

« Ecoute. Par rapport à ta relation avec Frida on... On sait. Tu n'en parles à personne, c'est ton problème, mais on sait. Voilà. »

La serveuse était en train de se décomposer vivante. Mieux valait que ce soit à cause d'une telle révélation plutôt que de pleurer de honte face à la colère du Maire.

« Oui, bon, tu en parles à Pichenot, mais ça ne compte pas. Et Adriano n'est pas vraiment un modèle de discrétion non plus.

- Il n'a pas le droit de faire ça... » Sanglota Tilda, penaude, rongée par l'impossibilité de s'exprimer, et ce pour des motifs fallacieux, ce qui la détruisait d'autant plus.

« C'est clair, fit Jean-Marc pour rebondir, c'est clair mais il fallait en parler. Patrick comptait en discuter avec toi de toute façon, savoir ce que l'on allait faire à ce propos. J'ai essayé d'en apprendre un peu sur Frida mais... bref. Tu as congé pour ce soir. On t'a trouvé une excuse, tout est réglé. Jocaste bataille avec Adriano pour essayer d'arrondir les angles, on a de quoi temporiser. »

Ses derniers mots avaient été prononcés d'un air de dire : « Tu peux disposer. » Mais Jean-Marc restait tout de même un ami, et sa première réaction après avoir passé un savon à Tilda fut de la prendre dans ses bras.

Elle fondit aussitôt en larmes, lesquelles furent douloureuses car trop longtemps retenues.

« Pauvre mémère... » Pensait Jean-Marc.

***

Michel avait tenu à raccompagner Tilda en personne. Laure lui avait gentiment prêté sa voiture, qu'elle n'utiliserait pas avant que la soirée soit terminée.

Au moment de partir, Aymeri, qui remplaçait Jean-Marc au pied levé, occupé à faire un discours, ne put s'empêcher de questionner Michel :

« T'es sûr que tout se passera bien ?

- Hé, cracha Michel, je t'ai dit quoi ce matin ? Je vais bien. »

De nouveau ce fameux échange de regards entre eux, dont ils avaient le secret...

« De toute façon, Laure voudra récupérer sa caisse. Je ne m'échapperai pas.

- C'est ça, ne faites pas de bêtises...

- T'inquiète. »

L'artiste claqua la porte, et la voiture s'enfonça dans les ténèbres.

FIN

Dernière modification de Tabitha, 30/08/2016 à 13h59
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  #2  
Ancien 10/12/2016, 21h29
Jery Jery est déconnecté
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Chouette. Ambiance et surtout caractères très bien décrits. On croirait que tu y as participé, ou en tout cas que tu décris des amis à toi.
Pour ma part, j'ai le malheur de m'y perdre un peu s'il y a plus d'un personnage, mais ça n'enlève en rien les qualités de ton histoire.
Bravo.
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