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Ancien 27/10/2015, 11h02
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Ylith Ylith est déconnecté
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Chapitre 3




Le vent remuait les longs cheveux bruns d’Ylith et Strif, elle ne s’était pas rendu compte que cette sensation lui avait manqué, tout ce temps passé en forêt.
L’air était encore doux, mais il menaçait de se refroidir dans les journées à venir. Ils avaient trouvé une route la veille qui semblait aller vers la capitale. Mais ils n’avaient croisé personne et l’herbe avait presque réussi à reprendre le dessus sur les marques de sabots et les sillons laissés par les roues des chariots ou roulottes. À croire qu’elle n’était que très rarement utilisée.
Strif rappela Ylith à l’ordre :
— Regarde au loin et concentre-toi sur l’exercice. Essaye de ne pas te perdre dans les formes de vie que tu sens ! Laisse l’énergision entrer en toi, mais ne la laisse pas prendre le dessus. Essaye de marquer une distinction entre toi et elle tout en la laissant venir à toi. Prends conscience de toutes les énergies qui t’entourent sans pour autant t’abandonner à elles. Maintenant, parle-moi pour voir ?
— Que veux-tu que... que... je... dise ?
— Commençons par quelque chose de simple, veux-tu ? Regarde la couleur qui émane de moi, quelle est-elle ?
— Rouge, après ?
— Maintenant, regarde par terre, quelle couleur domine toutes les autres ?
— Le bleu.
— Bien, regarde tout droit devant nous, le plus loin possible, tu devrais avoir l’impression que ton corps se déplace. Tu peux voir ce que tu veux à une certaine distance, limitée par la quantité d’énergie qui est en toi. Donc plus tu as d’énergie, plus tu peux voir loin. Essaye de voir la capitale de Meridion. Souviens-toi de la couleur qui me composait, tu devrais voir au loin un amas de la même couleur que moi.
Ylith sentait qu’on la suivait, mais cela n’avait pas d’importance, l’énergision la submergeait. Elle se sentait poussière, rien qu’un grain de sable dans un vaste désert. Elle se rapprochait de plus en plus de toutes ces vies. Une partie d’elle lui intima d’aller voir son ancienne maison. Elle fit un demi-tour instantané et y arriva en quelques instants, faisant défiler autour elle un ensemble de couleurs.
Le bois d’ombre qui reposait sur les décombres se démarquait timidement du reste par sa couleur grise. À part ça, rien. Peut-être un insecte à l’intérieur des débris qui rampait à la recherche de nourriture. Elle entendit une voix lointaine, puis une claque la fit sortir de sa transe. Strif effrayé et furieux la fixait de ses yeux gris.
— Tu es folle ! Tu aurais pu te tuer, te vider ! Ton âme se serait dispersée, heureusement que j’ai pu te suivre au début pour remarquer que tu t’en allais !
Strif se racla la gorge et reprit plus calmement :
— Tu ne dois plus jamais te laisser aller comme ça, je ne veux pas te voir mourir parce que je n’ai pas fait assez attention à toi. Tu as bien trop de potentiel pour mourir aussi bêtement et tu as toute une vie qui t’attend. Il faut toujours que tu marques une limite entre ton âme et l’énergision que tu peux ouvrir et fermer à volonté, même si tu l’acceptes en toi. Tu as bien compris au début, mais tu t’es laissé aller. Si tu avais été seule, plus personne n’aurait entendu parler de toi, et toute ton énergie et même ton âme auraient été dispersées aux quatre vents.
Ylith ne savait pas quoi dire, elle ne se remettait pas de la claque que lui avait mise Strif. Le pire était tout de même de le voir si inquiet. Elle savait qu’il n’avait pas eu l’intention de lui faire du mal, mais elle n’avait pas remarqué à quel point elle s’était exposée au danger. Strif coupa Ylith dans ses pensées en se décrispant :
— Cependant, ton talent est incroyable, tu as pu aller si loin que je n’ai pas pu te suivre, et cela d’une telle facilité ! Il faut apprendre à canaliser ton énergie et à savoir la contenir lorsque tu t’en sers, car ton passage en énergision à côté d’autres sources d’énergie peut avoir des répercussions sur celles-ci, et tu peux perdre des morceaux d’énergie si tu ne la contiens pas.
— Désolée, répondit Ylith tout en reniflant, au bord des larmes.
— Tu n’as pas à être désolée, ça arrive à tout le monde les premières fois, dit Strif. Recommence, et cette fois-ci essaye de trouver la salle du trône à Meridina, et dis-moi ce que fait le roi. À cette heure-ci, il devrait être en train de manger avec ses gens. Et raconte-moi ce que tu vois en même temps, cela te permettra de rester bien consciente.
— D’accord, mais après nous pourrons manger ? Je commence à mourir de faim et l’énergision me fatigue beaucoup !
— Nous mangerons du cerf, il nous en reste plus que ce qu’on pensait !
— Oh oui ! J’adore le cerf ! Tu pourras faire la même sauce salée que la dernière fois ? J’avais trouvé ça très bon !
— Et bien, il ne suffit que de demander, je la ferai spécialement pour toi, ma petite, dit Strif tout sourire. Maintenant, concentrons-nous sur l’exercice, je vais te suivre, et entraîne-toi à ne pas y aller à toute vitesse en laissant toute ton énergie se libérer de-ci de-là.
Ylith se mit à la tâche, elle avait rapidement compris comment ne pas perdre de temps pour s’ouvrir à l’énergision, c’était déjà presque devenu naturel. Elle traversa les plaines, les champs et les villages avant d’atteindre sa destination, qui se trouvait au milieu de tout cela. Un château, ça grouillait de vie, de beaucoup de petites taches rouges de formes humaines qui faisaient toutes des tâches différentes. Ylith n’avait pas le temps de s’affairer dessus, elle cherchait un lieu où beaucoup de taches rouges étaient rassemblées, ce qui fut facile pour elle.
Elle informa Strif qu’elle avait trouvé la salle ou le roi devait manger. Elle chercha une tache rouge en bout de table, dotée d’une couronne et de beaucoup de joyaux. Elle la trouva rapidement, l’or et l’argent émettaient une lueur jaunâtre, elle pouvait distinguer la couronne du roi sans difficulté, sertie de joyaux desquels émanaient des rayons blancs, mais de différentes profondeurs.
Elle dit à Strif qu’elle avait trouvé le roi et qu’il mangeait comme les autres. Ce dernier lui répondit qu’il ne pouvait pas voir aussi loin qu’elle. Quelque chose attira l’attention d’Ylith, elle retint son souffle et dit à Strif que quelque chose d’étrange était en marche, il lui demanda de lui expliquer de quoi il s’agissait. Il y avait de moins en moins de rouge dans le roi, ce dernier n’arrêtait pas de bouger dans tous les sens. Toutes les lueurs rouges qui l’entouraient se mettaient aussi à s’agiter. La lueur du roi s’était éteinte, elle vit seulement un souffle rouge s’échapper de ce qui était le corps du roi. Il était mort.
Strif serra Ylith à l’en étouffer. La larme à l’œil, il lui chuchota qu’il n’aurait pas dû lui laisser le temps de voir ça. Ylith n’en revenait pas. C’était alors ainsi la mort. Elle revit l’énergie du roi s’estomper et sortir de son corps pour s’éparpiller dans les airs. Son âme s’en était allée, il était mort. Comme ses parents. Comme ses frères. Elle se mit à pleurer, se demandant pourquoi il fallait forcément mourir un jour.
Strif la porta jusqu’à l’arrière du chariot et lui donna quelques graines de houblon et de malt dans une coupelle. Il lui expliqua que c’était pour qu’elle récupère de l’énergie. Il lui dit de se reposer pour récupérer et estomper ses sentiments, comme le faisait si bien le sommeil. L’enfant ne répondit pas, il lui annonça alors en souriant qu’il lui ferait le repas comme promis, mais seulement le lendemain midi pour qu’elle ne le manque pas si elle dormait trop.

***

Ils n’étaient plus qu’à deux jours de la capitale. Celle-ci se dressait au loin, sans réelle couleur exceptée le rouge des hommes et un peu de gris du bois d’ombre. La fillette était étonnée d’une telle concentration d’hommes, et de si peu de bois d’ombre. Toutes les villes qu’elle avait vues auparavant étaient en grande partie constituées de bois d’ombre, et elles étaient bien moins peuplées. Elle en fit la remarque à Strif qui lui répondit que cette capitale était bien plus récente que tout le royaume des Longvivant, et au vu de la disparition totale d’arbres en Ombre, les hommes avaient bâti leur foyer uniquement avec de la roche et des arbres normaux.
Il la mit aussi en garde contre les problèmes que pourrait poser son identité, car le royaume de Meridion et le royaume des Longvivant semblaient se préparer à une nouvelle guerre. Ne pas être de Meridion était dangereux dans ces contrées. Les elfes bien que n’ayant choisi aucun parti entre les deux royaumes étaient mal vus ici, car le souverain de Meridion s’était convaincu qu’ils conservaient secrètement une alliance avec le roi Longvivant. Ce qui était pourtant faux.
Ils s’arrêtèrent dans un bosquet assez loin des villages et fermes qui peuplaient la vallée :
— Cet endroit me semble parfait, nous avons une rivière à quelques pas d’ici, le bosquet est bien touffu pour nous abriter des regards, et la route royale n’est pas trop loin. Je vais préparer la sauce et la viande pendant que vous irez attacher les chevaux et chercher de quoi faire un feu, annonça Strif.
Une fois le campement établi puis la nourriture servie, Strif intervint :
— J’ai une nouvelle très importante à vous faire part. Le roi de Meridion est mort hier, lorsque nous étions en route. L’énergision m’a permis de le voir mourir pendant son repas, il a très certainement été empoisonné. Cette triste nouvelle peut faire place à une meilleure, nous pouvons espérer que son héritier verra le Peuple avec moins d’hostilité que son prédécesseur.
— Et la petite ? s’enquit l’un des conseillers.
— N’avez-vous pas remarqué que ses traits deviennent de plus en plus semblables à ceux de notre peuple ? On pourra la faire passer pour une des nôtres.
Strif remarqua son erreur au moment même où il prononça ces paroles. Le regard d’Hott et Almer avait changé après cette dernière révélation.
— Ne me dîtes pas... Commença Hott.
— Si. Je l’ai formée à l’énergision. Elle a un don pour l’énergision, et celle-ci a tenté de se manifester plusieurs fois lors de ses rêves, ce qui est signe qu’il était temps.
— Mais comment est-ce possible ? Elle n’est qu’une enfant ! Et tu es un des seuls à aussi posséder ce don. Cela n’empêche que tu ne maîtrises pas assez l’énergision pour la lui enseigner, ton père n’avait pas fini de te former ! répondit Almer.
— Et vous oubliez que cela peut être extrêmement dangereux, surtout à son âge, ajouta Hott.
— C’est bien pour cela que je m’y suis pris aussi tôt, avant que l’énergision ne soit trop forte pour elle, et qu’elle ne puisse pas la contrôler. Elle montrait déjà des signes avant-coureurs, comme son besoin de repos constant et ses rêves. Et j’ai bien fait, car elle n’est même pas du même élément que moi, quelques jours de plus et je n’aurai rien pu pour elle.
Ylith n’en revenait pas, Strif ne lui avait pas dit toute la vérité, elle croyait qu’il avait choisi de lui apprendre l’énergision si tôt simplement parce qu’elle le pouvait, pas parce que sa vie était menacée. Il lui jeta un regard étrange, comme pour demander pardon de le lui avoir caché. Elle se résigna, elle savait qu’il voulait faire de son mieux pour son bien à elle, il voulait sûrement lui éviter d’avoir peur. Elle lui sourit pour montrer qu’elle le pardonnait. Almer ne leur laissa pas le temps de communiquer plus :
— Qu’elle nous fasse alors une démonstration, pour que l’on puisse juger par nous-mêmes qu’elle est si puissante que tu le dis. Si ce n’est pas le cas, tu auras affaire au conseil à notre retour pour l’avoir mise en danger.
— Et bien soit. Ylith, la leçon de ce soir sera de créer la vie et de la détruire. Il va falloir que tu visionnes ce que tu veux créer pour en faire un être vivant. Commence par exemple avec une plante, car un animal est bien plus compliqué à créer si ce n’est pas impossible. Quelle plante aimes-tu, par exemple ?
— J’aime beaucoup les edelweiss Strif, la fleur des montagnes ! répondit l’enfant, toute excitée.
— Dans ce cas, commence par la graine, fais-y pousser des racines, donne-leur la force pour s’enfoncer assez profondément dans la terre.
Ylith mit ses mains au sol. Elle laissa l’énergision parcourir ses bras et ressortir par ses paumes, tout en imaginant une graine pousser dans le sol, des racines s’enfonçant dans la terre à toute allure et une tige se dressant tantôt fine et diaphane, puis forte et verdoyante. Enfin des pétales blancs et soyeux sortirent de la tige. Strif l’applaudit et elle ouvrit les yeux pour contempler son œuvre, devant le regard ébahi des conseillers. Elle sentit une part de ses forces décliner, mais visiblement pas autant que Strif en avait perdu lorsqu’il avait fait pousser un arbrisseau. Celui-ci s’exclama :
— Il me semble que l’edelweiss est une petite fleur des montagnes qui a une courte tige, pourquoi la tienne fait-elle la taille d’une tulipe ? demanda Strif à la petite.
— Je préfère qu’elle soit grande et belle !
— Mais c’est impossible ! Elle n’est même pas fatiguée ! s’exclama Hott qui avait oublié tout soupçon de méfiance.
— Je vous l’avais dit ! Cet enfant a un don. Donner la vie est extrêmement difficile, et le plus impressionnant est que son élément est le feu. Elle ne devrait pas pouvoir manipuler les plantes. Selon mon père, c’était déjà arrivé par le passé que des énergiseurs maîtrisent plusieurs éléments, mais c’était tout de même rare, car il fallait une quantité d’énergie hors du commun et une profonde compréhension de la nature.
Sous le regard étonné des deux conseillers, Ylith sentit un élan de fierté monter en elle. À en croire Strif, son talent pour l’énergision sortait de l’ordinaire et même plus, elle savait qu’elle avait plus d’énergie que la moyenne avec ce que lui avait dit Strif auparavant, mais elle ne pensait pas être presque unique. Strif la coupa dans ses réflexions :
— Tuer reste cependant bien plus difficile que donner la vie. Maintenant Ylith, tu dois détruire ta plante, fais-la faner, ensuite nous passerons à un autre exercice.
Elle comprit qu’il lui laissait libre choix quant à la disparition de la plante, et qu’elle devait montrer aux conseillers qu’elle avait un don extraordinaire. Elle choisit alors de simplement la faire disparaître instantanément. Cela lui coûta bien plus que d’avoir créé la plante comme l’avait dit Strif, d’autant plus que pour agir aussi vite sur l’énergie de la plante, il fallait qu’elle en utilise encore plus.
Dès lors, Strif s’enquit :
— On avait bien dit que ton élément était le feu Ylith ?
— Oui, c’est ça ! répondit l’enfant, joyeuse d’avoir pu montrer sa force à quelqu’un d’autre que Strif.
— Très bien, alors maintenant je te laisse libre choix. Tu peux leur montrer ce que tu veux avec le feu. Il faut que tu montres à nos compagnons que tu es unique et très importante pour notre monde.
Ylith ne ferma pas les yeux cette fois-ci, comprenant que l’imagination avant l’acte n’était qu’une étape dans l’apprentissage de l’énergision. Le feu de camp qu’ils avaient fait s’envola en un mince flux de flammes tourbillonnant vers sa paume gauche, jusqu’à totalement s’éteindre, et elle vit les visages de tous, même Strif, s’ébahir, puis disparaître dans le noir. Elle leur dit de s’éloigner du feu de camp, et des bûches consumées naquirent des flammes verdâtres et beaucoup plus chaudes que celles du feu précédent. Cela lui sembla bien plus simple que tout ce qu’elle avait fait auparavant, et ne consuma en elle presque aucune part d’énergie.
Strif avait été aussi étonné que les conseillers, il leur expliqua qu’Ylith avait une façon d’utiliser l’énergision qui dépassait sa compréhension. Selon lui, elle utilisait l’énergision en manipulant directement l’énergie de son corps et de sa cible plutôt que l’énergie liée à l’élément. C’était cela qui lui permettait de contrôler plusieurs éléments, car son énergie semblait être assez pure par sa blancheur pour pouvoir se confondre avec n’importe quel élément d’énergie.
Ylith ne comprenait pas tout, mais Hott et Almer semblaient stupéfaits par ce que leur disait Strif. Ils la regardaient comme un don de la nature. Ils semblaient avoir des connaissances sur l’énergision, mais aucun d’eux n’y avait été formé.
Elle n’interrompit pas Strif dans ses explications, c’était la première fois qu’elle pouvait partager avec d’autres que Strif une discussion sur l’énergision, d’autant plus qu’elle était flattée de tous les compliments qu’elle recevait de la part des hommes. Une sensation enivrante de puissance l’envahit, elle se sentait intouchable, comme si sa vie ne pouvait plus jamais prendre de mauvaises tournures et qu’elle avait la force de protéger tous ses proches de n’importe quel danger.
Une fois qu’ils allèrent tous se coucher, Strif prévint Ylith qu’elle devait tout de même rester prudente avec l’énergision, qu’elle avait beau avoir une grande force, il fallait tout de même qu’elle suive un enseignement complet de l’énergision, qu’elle était encore loin de la maîtriser. Elle savait qu’il disait vrai, mais elle voulut profiter encore de se sentir unique sans penser à autre chose et elle partit vers sa couche en laissant Strif s’occuper de son tour de garde seul.

***

Les villages devenaient de plus en plus vastes et proches au fur et à mesure qu’ils approchaient de la capitale. La cité adossée à la petite montagne semblait se fondre dans celle-ci avec ses remparts et bâtiments tout en pierres. Ils s’arrêtèrent bien avant la tombée du soir, car selon Strif ils allaient arriver au palais le lendemain avant l’heure du déjeuner. Le groupe n’avait donc pas à se presser. Ils avaient réussi à trouver un grand bosquet, malgré la déforestation qui avait visiblement eu lieu quelques cycles auparavant aux alentours de la capitale. Strif annonça que la rivière et le vent traversant le bosquet permettraient à Ylith de suivre son dernier entraînement avant leur arrivée à Meridina.
Cette fois-ci, les pouvoirs d’Ylith dévoilés, personne n’alla chercher de quoi faire un feu, l’enfant s’adonnant à la tâche en un claquement de doigts. Ils discutèrent de leurs plans quant à la demande d’aide qu’ils feraient au roi de Meridion, et Strif leur dit alors :
— J’ai pu voir grâce à l’énergision qu’un roi a été couronné alors que nous nous arrêtions dans ces bois. Nul doute qu’il s’agit du fils de l’ancien souverain, vu le peu de mouvement qu’il y a eu pour le couronnement. Ce dernier semblait plutôt pressé d’avoir la couronne visiblement.
À ce moment, un homme surgit des bois, grand, avec une carrure montrant un important travail physique. Il avait aussi des traits proches de la compagnie, trahissant une pratique de l’énergision chez lui ou ses ancêtres.
— Et bien, ma chasse m’a conduit à un étrange gibier ! Je crois avoir entendu quelque chose de fort intéressant à propos de magie et de notre cher roi, s’étonna l’étranger, tandis que Strif prit un air méfiant.
— À qui avons-nous honneur ? s’enquit ce dernier.
— Ronan, éleveur de chevaux et fermier à Meridina. Avant que l’on ne me pose la question, je n’ai pas de parent elfe, et je viens vers vous après avoir remarqué l’approche d’un être chargé d’énergie alors que je faisais ma chasse habituelle pour nourrir mon fils.
Il avait visiblement un don pour donner nombre d’informations en peu de phrases. Ylith se dit qu’il était du genre à ne pas aimer perdre du temps. Strif semblait toujours méfiant ainsi que Hott. L’étranger continua :
— Serait-ce vous, seigneur elfe, qui possédez un talent inimaginable pour l’énergision ?
— C’est une possibilité, mais je ne crois pas que vous soyez aveugle à ce point. Puis-je savoir si vos intentions sont hostiles ?
— Non, ce n’est pas le cas, pourtant je ne pense pas non plus avoir votre niveau. Loin de là. Mes intentions ne sont pas hostiles, mais ma curiosité l’emporte, que faites-vous ici ?
Strif se détendit, mais ne répondit pas de suite, Hott lui avait mis une main sur l’épaule pour discuter avec lui. Almer semblait faire confiance à l’homme, tout comme Strif, mais ce dernier donna raison à Hott, il était plus prudent de ne pas accorder sa confiance si facilement.
— Je ne vous répondrai que si vous me promettez que quoi qu’il arrive vous vous souviendrez de cette fillette et que quoi qu’il vous en coûte vous ferez tout pour l’aider. Quelque chose me dit que nous pouvons compter sur vous, mais nous ne vous faisons pas encore totalement confiance.
— C’est une promesse que je serais heureux de tenir, répondit l’homme l’air grave.
Quelque chose dans la posture ou les paroles de l’homme semblait avoir convaincu Ylith. Elle n’avait pas trouvé de quoi il s’agissait, mais Strif décida de répondre à l’homme :
— Très bien. Nous sommes ici pour demander le soutien du roi afin de protéger Aldor. La menace dans les Terres d’Ombre s’élève et prend force alors même que nous discutons. Pourrions-nous demander une escorte pour le château de Meridina ? Il serait plus sage que nous soyons accompagnés par quelqu’un d’ici pour moins attirer le regard sur nous. Si jamais ce n’est pas trop vous demander…
— Il en va de soi, je vous attendrai demain à l’aube, à la sortie du bosquet. Ne vous en faites pas pour moi, j’ai rendu des services à cette ville, on ne me prendra pas pour cible, ni ne me refusera l’entrée. Et avant que je parte : ce bosquet est un lieu sûr, dormez en toute quiétude. Vous êtes sur mes terres et personne d’autre que mon fils et moi ne met le pied ici. Vous pourrez utiliser l’énergision sans craindre de vous faire repérer par qui que ce soit qui ne la possède pas.
— Merci à vous, Ronan, votre soutien nous est des plus utiles.
L’homme partit sur cet au revoir, gibier sous le bras et toujours souriant. Strif se montra inquiet, malgré leur discrétion, ils s’étaient fait repérer. De l’enfant émanait trop de pouvoir, et si d’autres que Ronan possédaient l’énergision en ces terres, ils avaient certainement pu remarquer la présence d’Ylith.
Hott quant à lui s’inquiétait pour leur avenir, il n’était pas certain de pouvoir faire confiance à Ronan. Strif lui répondit que l’énergie de l’homme n’avait pas vacillé un instant pendant leur dialogue, signe qu’il avait été honnête du début à la fin. Et quoi qu’il en soit, l’énergision était très mal vue par la famille royale de Meridion et leurs proches. Jamais ils n’auraient employé une personne la possédant. Donc selon Strif, soit l’homme n’était pas honnête avec la famille royale, ce qui indiquait qu’il ne les portait pas dans son cœur, soit la famille royale le savait et ne le portait pas dans leur cœur. Dans tous les cas, il savait que son énergision pouvait lui causer des soucis auprès d’eux, sans compter que le simple fait qu’il ait l’énergision le positionnait en tant qu’allié potentiel. Hott accepta l’argument de Strif et toute tension l’abandonna.
Ce soir encore, tous assistèrent à la leçon d’énergision d’Ylith. Strif commença :
— C’est la dernière leçon que je peux te donner, mais tu as encore beaucoup à apprendre. Ce soir, tu vas travailler en trois étapes. Tu vas d’abord créer et détruire, ou altérer avec chaque élément un à un. Puis tous en même temps, et enfin, sans contact avec ceux-ci, car tu n’arrives pas encore à utiliser les éléments sauf le feu sans les toucher. Tu en sauras autant que moi et il te manquera juste de la pratique. Tu auras une formation à l’énergision somme toute basique comme moi, où tu comprendras l’importance de chaque élément et leurs interactions, mais tu pourras en plus agir sur les quatre toute seule. Il y a encore tant de choses à apprendre sur l’énergision et je ne peux pas te les enseigner, car je ne les connais pas non plus, mais avec ton énergie tu pourras quand même accomplir de hauts faits.
— Génial ! s’exclama l’enfant enthousiaste.
Sans plus attendre, elle posa les mains au sol et fit traverser un mince filet d’eau à travers la terre pour humidifier le sol à l’endroit ou par la suite elle fit pousser un arbre, qui devint aussi grand que ceux qui les entouraient. Une fois ceci fait, des branches de celui-ci tombèrent au sol, alors que les compagnons s’abritaient plus loin. Elle fit se lever un vent assez puissant, mais focalisé sur les branches à terre pour les sécher de l’humidité qui persistait en elles, et afin d’évacuer la sève. Enfin, elle fit se lever un feu consumant le bois sec, tout en éteignant celui allumé avant.
— Bien ! Très beau, Ylith tu t’améliores de jour en jour ! Lui dit Strif, tout en la serrant dans ses bras. Maintenant, passe au second exercice, combine tous les éléments en même temps.
— Mais je ne peux pas tout toucher en même temps ! Puis l’exercice d’avant m’a utilisé beaucoup d’énergie.
— Ha, tu as compris le piège, le second et le dernier exercice n’en forment qu’un seul ! Prends ton temps et concentre-toi, celui-ci va être plus difficile que tous ceux que tu as faits jusqu’ici. Ne t’en fais pas pour ton énergie, je suis sûr qu’il t’en reste bien assez pour le faire. Si ce n’est pas le cas, je t’arrêterais avant, et puis on pourra te faire un repas spécial pour te redonner de l’énergie.
Ylith inspira profondément et ferma les yeux, puis tendit ses deux paumes devant elle. Elle prit conscience de tout ce qui l’entourait tout en restant elle-même. Les éléments et elle ne firent plus qu’un. La rivière ainsi que l’humidité contenue dans l’air semblaient ne devenir plus qu’un fluide la traversant. Le vent soufflait en elle, attisant son feu intérieur tandis que son âme prenait racine dans la nature qui l’entourait. Elle ouvrit les yeux et sculpta dans les éléments un autel fait de racines, dans lequel s’écoulait sans cesse de l’eau issue de l’humidité de l’air. Une légère flamme bleu pâle vacillait au gré de la brise qui entourait sa création, fleurissant encore et encore, sans s’arrêter.
Une nouvelle fois, des regards admiratifs l’accueillirent lorsqu’elle tourna les yeux vers les autres. Ils se pressaient par la suite pour faire à manger, tous les estomacs criaient famine et Ylith commençait à se sentir faible, la sensation de ne plus avoir beaucoup d’énergie était très désagréable. Son corps voulait la forcer à s’endormir pour récupérer au plus vite, mais elle savait qu’en mangeant le plat spécial que Strif lui préparait elle allait en retrouver assez pour que cette sensation s’estompe.
Elle avait eu droit à une soupe de légumes et Strif avait rajouté de longues feuilles violettes. Il s’agissait de késia, sa mère lui avait auparavant appris qu’il s’agissait d’une plante utilisée pour donner un goût sucré aux aliments. Strif lui expliqua que la plante se révélait en outre particulièrement riche en énergie. Par contre, en ingérer trop d’un coup pouvait être dangereux, d’autant plus qu’une quantité comme celle qu’Ylith avait ingérée était suffisante pour que ses membres la picotent, au point même de ne plus les sentir si la késia n’avait pas été infusée dans l’eau bouillante.
La nuit commença avec le bruit des animaux alentour, et la présence d’elfes sylvains autour de l’autel et de leur campement leur permit de dormir en toute quiétude. Ylith s’endormit d’un coup, fatiguée par ses exercices et la dépense d’énergie qu’ils avaient entraînée.
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Ylith l'elfe nordique

Dernière modification de Ylith, 26/08/2017 à 16h37
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